Algérie: Nous sommes passés de l’opportunisme révolutionnaire à l’hypocrisie religieuse !

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Ce n’est plus un secret, le régime qui a volé l’indépendance du pays, dès 1962, a construit tout un dispositif subliminal autour de la Révolution, dont lui-même était un squatteur et un embusqué. Il l’a mystifiée, encadrée, arrangée à sa mesure. Il est allé jusqu’à noyer dans la masse des faux-moudjahidines les vrais révolutionnaires qui lui étaient hostiles. Ceux qu’il n’a pu corrompre, il les a assassinés, réduits au silence. Il a mis en place un système menteur, dans lequel c’est lui qui décide qui a fait la révolution, et qui ne l’a pas faite. Il a acheté, rubis sur l’ongle, des leaders authentiques de la révolution, au moment où il assassinait Krim Belkacem, Khider, Chaabani et tant d’autres parmi les plus purs et les plus intègres. Il a emprisonné Aït-Ahmed, et un grand nombre de révolutionnaires qui ne lui mangeaient pas dans la main. Il a poussé à l’exil Boudiaf, l’artisan de la révolution, Mufti Zakaria le parolier de l’hymne national, Messali el Hadj, nationaliste de la première heure, et créateur du drapeau national, il a persécuté et étouffé la voix de Ferhat Abbas, Youcef Benkhedda, et tant et tant de grands Algériens.

Mais pire que tout cela, il a inséminé au sein du peuple qui venait de sortir d’une longue nuit coloniale les germes du mensonge, de la corruption, de la lâcheté, de la course indigne aux privilèges indus, au point où nos compatriotes se sont mis à se marcher dessus, pour avoir leur part. Les plus pudiques, les plus moraux, les plus intègres, qui ont refusé de se plier à de telles forfaits étaient traités de mous, de pas kafzines, pendant que la foule assistait en bêlant à l’assassinat, à l’emprisonnement et à l’exil des meilleurs de ses fils, parfois en applaudissant! Oh, combien il avait raison El Anka dans son émouvante Kcida sobhane allah ya l’tif

Et c’est ainsi que notre pays entama la longue marche vers le caniveau, vers une vile soumission, dans un climat généralisé de mensonge, institué en règle sociale. Les faux-moudjahidines avaient pignon sur rue, les embusqués de l’armée des frontières, qui avaient fait main-basse sur tous les biens laissés par les pieds noirs étaient sur le dessus du panier.

Alors, plus rien ne retint le nouvel homo-algérianus !

L’échelle des valeurs ancestrales, celle-là même qui avait soudé tout le peuple dans une lutte farouche pour la libération, fut inversée de fond en comble ! Malheur au dernier arrivé, au trainard, à l’homme d’honneur ! Ce fut une course effrénée, et un arrivisme échevelé ! Tout était permis, rien, aucun frein, aucune pudeur, ne retenaient désormais les foules qui se bousculaient pour une place au soleil de l’indignité, pour un strapontin de la honte.

Lorsque la coupe fut pleine, et qu’au cœur du régime même la lutte pour le pouvoir dégénéra, la jeunesse tomba de tout son poids dans le complot qui avait été fomenté par un clan du même régime contre un autre. Ce fut le 05 octobre 88.

Mais cette jeunesse, qui avait été abrutie par la propagande de Boumediène, qui avait été façonnée à la mesure du régime, ne sut pas exprimer sa colère par de la contestation politique organisée. Elle n’en avait pas les moyens, ni la capacité, puisqu’elle avait été vidée de toute sa force, de tout discernement, et que vide politique avait été savamment entretenu autour d’elle. La contestation tourna à l’émeute, aux jacqueries, au saccage et à la dévastation. Lorsque le régime se sentit menacé, il fit donner la troupe, et tirer sur les jeunes manifestants à la mitrailleuse lourde. Ce fut un carnage.

Mais une autre fois, ce furent les embusqués, les opportunistes, les voleurs de feu, qui profitèrent des ouvertures scélérates que le régime avait aménagées, pour laisser s’échapper la trop forte pression. Ce furent les anciens journalistes du régime, d’El Moudjahid et d’Echaab, qui s’improvisèrent les créateurs de la presse la plus libre du monde arabe, des activistes opportunistes, comme ceux du PT, du Hamas, et tant d’autres, qui créèrent une opposition de pure façade. Le régime allait leur ouvrir les cordons de la bourse. Et c’est bien pour cela que ces gens, aujourd’hui, journalistes et opposants dorés, crient de toute leur force que notre printemps arabe, nous l’avons eu en octobre 88. C’est un cri du cœur, parce que c’est vrai pour ce qui les concerne. Ce fut leur printemps à eux, en effet,  puisque nombreux parmi eux sont aujourd’hui riches et puissants. Octobre 88 a été le printemps de leur vie.

Mais octobre 88 fut aussi, pour nombreux de nos compatriotes, un tournant politique et social qui leur permit d’entrer réellement en politique, au nom d’un islamisme qui avait éclos naturellement, pour exprimer un ras-le-bol, pour tenter de moraliser une société qui allait à vau-l’eau. Ce fut l’avènement du FIS. Nombreux de nos compatriotes ont pensé qu’une fleur nouvelle venait de pousser sur le fumier abject du régime. C’était compter sans les capacités du régime à récupérer, et à retourner à son avantage tout mouvement qui pouvait le menacer. Nous connaissons la suite.

Nous savons comment le FIS avait été piégé, infiltré, privé de la victoire que lui avait donné la volonté populaire, incité à abandonner le combat politique, poussé à la violence, puis interdit, et enfin discrédité aux yeux de larges couches de la société, à qui le régime n’avait pas laissé d’autre choix que ceux de la peste ou le choléra, pour reprendre les propres termes des demi-crates qui, à leur tour trouvèrent une aubaine dans la dénonciation de l’islamisme, puisque cela leur permit, à eux aussi, de devenir riches et célèbres, sans même s’en cacher.

Mais pire que tout cela, c’est la propagation, au sein de la société, d’un islamisme hypocrite, d’une moralisation des dehors, de l’intolérance ambiante, qui s’abattirent sur notre société. Le régime avait pleinement réussi à détourner l’esprit révolutionnaire de l’islamisme politique, pour en faire une dynamique mortifère et rétrograde. Il jouait sur du velours.

En voulant sortir du mensonge et de la vilenie systémique que le régime avait réussi à inséminer en leur sein, les Algériens sont tombés dans l’excès inverse. Ils ont islamisé leurs dehors, et rajouté de l’huile au foyer de leur hypocrisie, de leur penchant à la fausseté, de leur lâcheté devant le plus fort, le plus menaçant.

La kfaza débridée ne connut pas d’accalmie, bien au contraire. Elle changea juste d’apparence. Au lieu du costume étriqué de l’apparatchik du FLN, de sa petite moustache et de ses slogans éculés, ce fut le kamis, le hidjab, la barbe et l’ambre synthétique. Les bondieuseries en tout genre fleurirent, et les turpitudes aussi ! On n’entend plus désormais que des ma chaa allah à répétition des sobhane allah en veux-tu en voilà, et toutes les doucereuses formules du genre, vidées de toute vraie foi, de tout sens, dans des bouches mielleuses, chez des gens qui vivent avec l’index pointé sur quiconque n’a pas adopté les nouvelles postures.

Après avoir vécu dans un système menteur, où les gens rabâchaient des slogans progressistes de contrefaçon, les Algériens se retrouvèrent dans une ambiance de tartufferie poussée à son paroxysme jusqu’à se sentir contraint d’adopter des attitudes de pure forme, désertées de toute vraie substance, avec un trop plein de rituels de toute sorte, sans foi, ni loi. Juste des simagrées.

Et malheur à qui oserait appeler les choses par leur nom ! Il se retrouverait de suite traité de mécréant, voire d’apostat. Et je ne parle pas de ceux qui osent avouer qu’ils ne font pas la prière, où qui ne cachent pas qu’ils consomment de l’alcool, comme ces innombrables adeptes de Bacchus, qui boivent en cachette, dans des lieux infâmes, parfois en rase compagne, dans leurs voitures, où dans des tripot clandestins, puisque le régime, qui ne veut pas laisser le juteux fonds de commerce bondieusard aux seuls opportunistes islamistes, a fermé presque tous les débits de boisson, un tant soit peu corrects.

Nous sommes passés de Charybde en scylla ! Du progressisme menteur à l’islamisme hypocrite ! Les deux options se distinguent par une même constante: Ils sont envahissants ! Et nous sommes là, à tourner en rond, à nous perdre en conjectures sur des insignifiances, à oublier d’être des hommes e des femmes de la vraie vie, qui ne font pas semblant. Nous sommes là, craignant ces jugements péremptoires des index pointés. Nous nous plions en tremblant au prêt à penser, jusqu’à nous diluer dans le non-être ! Nous sommes passés d’une lâcheté de masse, à une compromission de masse !

Et ainsi, pendant que les Tunisiens, dont nous nous riions hier encore, nous donnent une magistrale leçon de civisme, de vraie vie  et de militantisme, parce qu’ils ont su mériter la liberté conquise, sans permettre à quiconque de la menacer, nous continuons à déblatérer sur le yajouz et le la yajouz, dans le même moment où nous livrons à toutes les turpitudes. C’est bien pour cela que nous avons les dirigeants que nous méritons !

D.Benchenouf

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